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Ça fait un bail? Je ne vous le fais pas dire, depuis tant de temps, je n'ai ni mis la clé sous la porte, ni passé l'arme à gauche, simplement, l'activité, la vie qui vous pourchasse et vous chasse, le temps qui file, le train qui part, bref, j'étais surbooké comme disent les gens supposés importants.






02/02/08 Mousse à raser et bombes à eau
Tous me le diront, si il y a un Carnaval à voir, c'est sans conteste celui d'Oruro. Bien mieux semble t-il que le fameux Carnaval de Rio.
Certes, mais mieux en quoi, les costumes, l'ambiance, la durée du défilé?
_Tu verras bien, mais quelques précautions sont nécessaires, vide tes poches avant de partir, achète un poncho en plastique, et si tu es armé, c'est mieux.
C'est là que se trouve le caractère très spécial du Carnaval Bolivien, au-delà du défilé traditionnel, le spectacle se passe aussi chez les spectateurs, le jeu est simple, munissez tous les spectateurs de bombes à eau et de mousse à raser, faites carburer tout ce petit monde à la bière dès potron-minet et vous obtenez Oruro...
Les survivants du premier janvier ont organisé un voyage à Oruro pour cette fin de semaine, je les rejoins le samedi matin en bus, le vendredi soir ayant été consacré à...autre chose.
il faut trois heures de bus pour rejoindre cette ancienne grande ville minière qui connut une période faste grace aux mines d'étain.
Aujourd'hui, si il n'y avait pas le Carnaval annuel pour faire parler d'Oruro, personne n'y mettrait les pieds. Les touristes ne font souvent qu'y passer lors de leur voyage au Salar De Uyuni. Et niveau architecture pas de quoi fantasmer non plus, les Boliviens ont eu la très mauvaise idée de démolir au lieu de rénover pour reconstruire des immeubles d'une formidable laideur, La Paz en est un des pires exemples, même si il semble que cela change un peu.
Revenons donc au Carnaval, j'arrive vers 11h30 à Oruro, la ville manque foncièrement de charme, seul le vieux quartier colonial conserve un certain attrait, mais il faut aimer les ruines.
Je parviens à retrouver la bande de fous sur les estrades de la grande place. Une foule compacte se presse sur les trottoirs, le défilé bat déjà son plein depuis huit heures du matin, les bombes à eau pleuvent sur les nouveaux arrivants, de la mousse à raser jaillit de toutes parts, Oruro, c'est le défilé, et pas mal de clowneries de la part du public.

Il faut alors passer entre les salves et se frayer un chemin sous les estrades pour sortir des zones trop dangereusement exposées. Le grand Pucho m'emmène dans notre camp de base, soit une vieille salle de billard dans un bâtiment tout aussi vieux, du squat pur et dur, plus beaucoup de fenêtres, une couche de poussière sur le parquet qui laisse par endroits voir l'étage inférieur, les seuls éléments qui conservent un assez bon état de conservation sont les tables de billards.
Après avoir rapidement posé mes affaires, nous repartons voir le défilé.
Je me munis sur le chemin d'un poncho en plastique et d'un pistolet à eau, l'un pour me défendre, le second pour riposter. Il s'avèrera que je ne me servirai ni de l'un ni de l'autre.





06/01/08-07/01/08 Auto-expulsion
Une semaine est passée depuis le nouvel An et il est temps de renouveler mon visa... Il y a pour cela plusieurs solutions, soit vous foncez au bureau de migration le plus proche en clamant haut et fort qu'il vous faut quelques mois de plus pour apprécier à sa juste valeur toute la beauté cachée de la Bolivie, ou soit...vous passez la frontière, faites tamponner votre passeport, un petit tour au Pérou, vous revenez, re-tampon et vous êtes de nouveau légalement en Bolivie pour trois mois.
Une troisième possibilité serait de demander un visa de travail, mais pour un an seulement, et sans certitude de rester plus longtemps, le démarches sont bien fastidieuses (et coûteuses).
J'eu la bonne idée de choisir la deuxième solution, souhaitant ainsi voyager un peu du côté du Pérou.
Il se trouve que cette même fin de semaine où je comptais quitter le pays, les chauffeurs routiers en profitent pour bloquer les routes, critiquant ainsi l'instauration de la vignette pour les poids lourds et son tarif visiblement faramineux (pour la bolivie, s'entend).
Je tente cependant de partir le samedi matin, et me rends au niveau du cimetière principal de La Paz, d'où partent la plupart des navettes pour Copacabana. Je me retrouve avec une dizaine de personnes à attendre un hypothêtique minibus en partance, mais au bout de deux heures, rien qui ressemble à cela ne se profile devant nous. Je discute avec un vieux hippie allemand à la barbe aussi longue que sa canne. Nous décidons de rejoindre en taxi le terminal de bus, espérant trouver là-bas un moyen de rejoindre le Lac titicaca et donc la frontière.
Au terminal, meme problème, aucun bus ne peut partir, la route semble complètement bloquée, c'est quelque chose de relativement courant ici. Le fait de bloquer les routes empêche de ce fait tout le pays de fonctionner, la majorité des échanges commerciaux et des transports se faisant par voie terrestre.
Il faut savoir renoncer, on nous promet des bus pour le lendemain matin, je prends un billet sans être bien convaincu...
Le lendemain matin, je retourne au terminal sans avoir pu joindre l'agence de bus, pas trace non plus du hippie allemand. Cependant, le car part bien à l'heure prévue. Il est plein, touristes, locaux, le temps est nettement plus favorable que la veille, plutôt humide. La Paz-Copacabana, c'est trois heures de route, de même d'ailleurs que La Paz-Oruro, La Paz-Coroico, et La Paz nord-La Paz sud aux heures de pointe.


La route nous fait quitter la grosse cuvette où s'enterre la ville, puis grimpe jusqu'à l'Altiplano. Pour rejoindre Copacabana, il faut d'abord atteindre le détroit de Tiquina qui scinde le Lac titicaca en deux, le bus traverse dans un bac, et les passagers montent dans de petites vedettes.
La traversée est très rapide, dix minutes à peine, il nous faut attendre le débarquement du bus puis nous repartons.
Une bonne heure est encore nécessaire, la route n'est qu'une succession de virages, on grimpe on grimpe, et l'on croise quelques véhicules en sens inverse. Le lac Titicaca, dont Copacabana pourrait être consideré comme sa station balnéaire officielle, ne peut ici que se deviner, masqué par le profil très montagneux, mais le peu que l'on en voit est impressionnant, on dirait une mer posée au beau milieu des montagnes, agrémentée de quelques îles dont certaines (notamment la « Isla del Sol », l'île du Soleil) restent des lieux hautement sacrés.
Il faut noter que rares sont les personnes qui se baignent dans le lac, mais ce sont plus souvent pour des lacunes en matière de natation que par peur de représailles divines. 
Le temps un peu couvert ne permet pas de profiter pleinement du spectacle, il faudra donc revenir.
Nous arrivons à 11h30 à Copacabana. Il va donc me falloir passer la frontière avant midi et faire une rapide visite du côté péruvien si je veux récupérer les derniers bus qui retournent à La Paz vers 16h30. C'est ce que l'on appelle une visite éclair. Après une truite au citron à se damner, je me rends à la Plaza Sucre et monte dans un taxi direction Kasani, un village frontière Bolivien. Je fais tamponner mon passeport à la douane bolivienne, passe la frontière puis tampon à la douane péruvienne de Yunguyo, bonjour Pérou!
C'est jour de fête à Yunguyo, avec défilé et tout le tintouin, fanfare, police, armée, mais vu la taille plus que modeste de la bourgade, le grand défilé fédérateur paraît un peu ridicule...
Plus loin, le marché est nettement plus vivant et coloré. Il occupe tout le centre-ville et comme tout bon marché sud-américain, on y trouve de tout. Après deux heures de balade, je me décide à repasser la frontière, ce qui était le but premier de cette excursion éclair.
Les douaniers péruviens ont bien compris le but de ma magouille, mais après une courte négociation, ils finissent par me donner mon bon de sortie en rechignant un peu, je me représente à la douane bolivienne, où j'explique ma démarche, il est préférable de dire la vérité plutôt que de chercher une excuse bidon, évitez les "je dois repasser la frontière, j'ai oublié mon appareil photo à l'hôtel", d 'après un confrêre voyageur, les douaniers n'apprécient pas trop...
Bref, je donne les 80Bol. demandés et me revoilà en Bolivie.
Retour à Copacabana, je fais un petit tour vers la plage et les luxueux hôtels avec vue sur le lac, beaucoup de touristes, éparpillés dans les gargottes des alentours. Je regrette de ne pas avoir pu venir le samedi et donc profiter un peu de la plage et des îles superbes du lac, mais vu le trajet relativement court, nous pourrons remettre ça une prochaine fois.


















Smithers! Smitheeeers!!
_Oui Monsieur, Monsieur me demande?
_Comment, bien sûr que je vous demande, et j'en perds l'usage de ma voix si délicate, retrouvez-moi le numéro de mes amis de la LMDE, voulez-vous.
_La LMDE Monsieur?
_Et bien quoi, la Ligue Mondiale des Dictateurs Expatriés, ne me dites pas que vous ignorez les hauts faits de cette noble confrérie!
_Je dois reconnaître mon ignorance Monsieur, Monsieur souhaite-t-il me fouetter jusqu'au sang avec des branches du rosier pour réparer cette lacune?
_Ne me tentez pas Smithers, donnez-moi ce téléphone et hors de ma vue.
[tututututu, driiing driiing]
_Allo, Than Shwe? C'est Montgomery à l'appareil, ouiiii, alors, toujours dictateur? Haaa sacré Than! et ces répressions, tu n'imagines pas mon pauvre ami le tissu d'âneries débitées par ces rats de journalistes Bolchéviques. Nous sommes montrés du doigt, vilipendés, les temps sont durs, nos concitoyens sont bien ingrats.
Comment? des répressions, j'ai vu cela, quelles belles images, vous avez le sens du spectacle, je ne me lasse pas de ces ratonnades, cela me rappelle ma jeunesse lorsque je poursuivai tous ces affreux Noirs dans les rues de Springfield. Et voyez, ces êtres prolifèrent, nous avions pourtant prévenus, mon pauvre camarade, et nous n'avons pas été suivi dans notre combat.

22/09/07 Entre ici, Maria Callas.

Théâtre National de La Paz.
21/09/07 A notre bétail en shorts, la Patrie reconnaissante.
Matinée studieuse, après-midi bien moins productive. L'heure est au soutien inconditionnel de l'équipe Nationale et de notre nouveau Zidane, l'Australopithèque Chabal. En voilà un qui aura construit sa notoriété sur les coups de boule dans le bide, chose qui aura valu à notre compère Zizou les pires critiques, mais le pays a besoin de héros en cette période de "faillite", dixit notre sous-Premier Ministre François Petit Fion.
Nous nous rendons, sac à bières dans le dos, chez Lucas, ami de Pierre, un autre expat' Français, aux multiples activités. L'essentiel est de savoir qu'il est depuis peu blond. Nous arrivons devant son immense baraque labyrinthique, encore en travaux pour une partie, avec une vue hallucinante sur l'Illimani. Une vue quelque peu gâchée par un nouveau bâtiment en construction lui aussi.
Nous retrouvons le futur ex-Bolivien Denis et sa femme, Mika, le reporter, qui vit chez Lucas pour le moment et donc notre hôte qui est ce que l'on peut appeler communément un personnage.

Le match commence, début des ravitaillements, notre cheptel National contre le cheptel Irlandais, bonne ambiance dans et devant la télé. Il ne sera pas dit qu'un Français loin de sa terre natale ne sache plus rigoler et profiter des bonnes choses.
Les minutes défilent, le match est plutôt pas mal, et "nous" gagnons! Joie énorme dans les tribunes et sur le canapé, les miettes de chips sur la moquette craquent sous nos pompes, les cadavres de Paceña et de Corona jonchent la table, fin de la récréation.
De retour à Gutierrez, (avec le décalage horaire, il n'est ici que 17h00), il faut finir la journée, se remettre dans le rythme sera pour le moins une tâche ardue. Mauricio, notre collègue de Caserita, a disparu depuis deux jours, après une remarque relative à son incompétence, chose que je n'ai pas à commenter, plus aucunes nouvelles de lui. A priori, on ne devrait plus le revoir, les dures lois de la vie d'entreprise, la pression, quel monde impitoyable.
20/09/07 "Au bout du Monde"
Pour la matinée, j'ai à effectuer une longue visite des Calle Sagarnaga et Linarès, qui concentrent une bonne part des magasins artisanaux de La Paz. L'idée est de prendre des contacts et de repèrer des produits nouveaux susceptibles d'être ajoutés sur le site Internet de Caserita.
Je joue au gros commercial qui tâche, demandant avec mon moins mauvais espagnol les cartes de visite (tarjetas) des tiendas qui présentent des choses intéressantes. Et il y en a, quand vous cherchez un peu, on trouve des produits qui ne tombent pas dans un folklore ridicule, mais qui au contraire font preuve de pas mal d'originalité. Je passe ainsi la matinée, à entrer et sortir des boutiques, en tentant de perfectionner à chaque fois un peu plus mon speech.
Les gens sont avenants et prennent le temps de vous expliquer en détails les spécificités des tissus. Rares seront les endroits où l'accueil sera froid, et bien souvent, ce seront dans les boutiques les plus "tendance" et riches d'aspect, que j'aurai à voir des personnes pour le moins hautaines et se foutant totalement de qui entre ou sort de leur commerce. Je retrouve souvent exactement les mêmes produits, formes couleurs, toucher, mais qui étrangement sont parfois tout en Alpaga, puis mi-Alpaga, mi-laine de mouton, puis tout acrylique.
Je me fais ainsi une dizaines de boutiques, jusqu'à un dernier magasin au nom très évocateur puisqu'il s'appelle "Au bout du Monde".
Etalage varié, entre tissus traditionnels et vêtements plus originaux. Le gérant de cette enseigne, ayant deviné à mon accent mes origines, me parle très rapidement en français. Mèches clairs, pas plus de 20 ans, il parle un Français très correct et ne tarde pas à me faire faire le tour de sa tienda, m'expliquant dans un joyeux mélange d'Espagnol et de Français, comment tel ou tel tissu est fait, si il est de fabrication artisanal.
Nous discutons assez longuement, mon hôte a cependant tendance à être un peu trop "proche" par moments, je décide donc qu'il est temps de quitter mon bavard nouvel ami avant qu'il ne m'invite à une soirée privée para los hombres que gustan los hombres.
Je retourne à Sopocachi après avoir mangé un hamburger dans un MacDo local. Je dois voir ensuite une couturière pour mon poncho lama, la précédente s'est finalement rendue compte qu'elle ne savait pas faire ce qu'on lui demandait, ou plutôt qu'elle pouvait gérer tout ce qui était à la machine, mais pas à la main.
Et pour notre nouvelle couturière, c'est l'inverse, oui pour tout ce qui est réalisé à la main, mais elle n'a personne pour les éléments qui nécessitent une machine à coudre, je trouve ça presque drôle, mais je suis en même quelque peu agacé d'avoir perdu autant de temps. Je commençai en plus à lui présenter un poncho jusqu'à ce que Giovy arrive pour me préciser que je ne lui parlais pas du tout du bon modèle...
On verra mardi le résultat, Inch'Allah!
Christian m'emmène avec lui pour aller récupérer un colis près du terminal de bus. Durant le trajet en minibus, on parle de choses et d'autres, de la France, de Sarkozy, des filles en Bolivie, du travail, je parle de ma rencontre avec le gay aux mèches blondes, ce qui le fait bien marrer.
Le colis récupéré, nous retournons vers Sagarnaga pour prendre livraison de sacs en aguayo, puis détour par les quartiers pour donner un reçu à une cliente. Ca nous prendra tout l'après midi. Le soir, apéro chez Pierre, avec Denis, un autre expat' Français qui quitte prochainement la Bolivie. Je fais connaissance avec quelques vins locaux et de sublimes petites saucisses, avec du pain et de la sauce piquante, c'est un régal.
Pas la peine de faire la popote après cela, vraiment pas.
19/09/07 Sous le lampadaire.
C'est assez facile de trouver dans les vieux quartiers de La Paz de quoi vous foutre les chocottes. Eclairage minimaliste, silhouettes sortant de nulle part, silence pesant entrecoupé de quelques crissements de pneu, la vieille ville est par endroits une version latine du quartier de Whitechapel à Londres, théâtre des exactions de JacK The Ripper, peu éclairée, rues pavées, maisons alentour délabrées, ambiance!
Beaucoup d'acción, près de la Calle Sagarnaga.

Ne lambinez pas Smithers, vous activez bien peu vos mollets rachitiques, du nerf que diable!
_Mais...je me permets de faire savoir à Monsieur que la limousine revient du contrôle technique et que....
_Smithers, mon petit vous me décevez, ne prenez-vous donc point le temps de lire les nouvelles, voyez les sommes astronomiques du pétrole, vous n'aimeriez pas que je ponctionne votre salaire pour alimenter de ce précieux liquide mon auto, n'est-ce pas mon petit, diantre, quelle côte vertigineuse, du nerf, jeune coq!
_C'est un dos d'âne, Monsieur, un ralentisseur.
_Ainsi, c'est dans ces ouvrages ruineux que part le peu d'argent que je verse aux impôts, le monde va mal Smithers, bien mal.
_Je.....rhaaa, oui Monsieur, puis-je demander à Monsieur d'exercer une pression sur les pédales, ce qui m'aiderait quelque peu, il s'agit là d'une véritable côte.
_Vous vous en sortez parfaitement, oooh voyez cela, une nouvelle loi sur l'immigration, tout cela est fort bien pensé, des tests ADN, qu'est-ce que cela?
_Ils...c'est un code génétique propre à chaque être humain, une sorte d'empreinte....les tests permettent de confondre des criminels, c'est.... c'est une grande découverte Monsieur..
_Confondre des criminels, excellent, mais je vois ici qu'ils seraient appliqués pour des regroupements familiaux, oh je saisis, encore cette masse grouillante de pauvres tentant de profiter de nos richesses âprement défendues, cette loi me plaît Smithers, elle me plaît. Nous nous sommes battus pour obtenir tout cela, il nous faut nous protéger, nous et nos biens contre les hordes de gnômes sous-développés, tout cela est pêtri de bon sens et de justice, je désirerai bien m'entretenir avec le noble personnage auteur de ce remarquable édit.
_Rhaaaaa....Monsieur, pitié, secondez-moi, cette côte n'en finit pas, puis-me permettre de dire que tout cela manque d'un peu d'éthique, ces familles ne font souvent que rejoindre des proches qui ont un travail, et le coût de tout cela justement sera conséquent.
_Vous déraisonnez Smithers! Quelle importance le coût quand il s'agit de nous éviter une invasion, je reconnais bien là votre coeur d'artichaud, il est grand temps que nous mettions de solides murailles entre nous et le reste, l'éthique, qu'est-ce encore que cela, un slogan hippie, imaginé par des cerveaux embrumés et manipulés par une propagande bolchévique. Nous n'avons que faire de l'immigration, voyez tous ces nobles métiers que vos amis étrangers remplis de votre éthique nous ont volés, les éboueurs, les ouvriers, les femmes de ménage, les agents de sécurité, voilà la sombre réalité, cette horde Tiers-mondiste nous délèste de nos emplois et mange notre pain. cela suffit! Laissons nos concitoyens honorables jouir de ces activités.
_Monsieur, puis-je faire remarquer à Monsieur que nos honorables concitoyens jugent pour la plupart ces métiers dégradants et laissent bien volontiers ces tâches à d'autres....Si monsieur voulait bien d'ailleurs m'aider un peu, je n'en puis plus....
_Smithers, vous êtes un médiocre! Pour la peine, nous allons prolonger notre promenade, ces nouvelles me mettent en joie, que fait ce camion en plein milieu de la route?, klaxonnez Smithers et dépassez-moi ce tas de boue!
_Ce sont les éboueurs, Monsieur, ils ramassent les poubelles.
_Quelle odeur atroce, pouah, c'est inoui, comment peut-on se fourvoyer ainsi dans ces immondices nauséabonds, je...., mais ces hommes sont Noirs! Accélerez, Smithers, fuyons vers le commissariat le plus proche!!
_Ce....ce sont des Africains Monsieur, c'est leur couleur de peau naturelle.
_Ha? ils sont étranges. Et pourquoi ramassent-ils nos déchets, quelle curieuse occupation, n'ont-ils pas d'autres loisirs, je ne sais moi, une après-midi au Casino, une virée en yacht, pourquoi s'empuantir de la sorte?
_Rheee, rheee, rhee..c'est...c'est leur métier Monsieur, leur travail.
_Seigneur, c'est donc ça, bien poursuivons, roulez mon petit, roulez!
_Vers, vers le commissariat, Monsieur?
_Hem euh non, nous rentrons, ces gens ne sont finalement pas si nuisibles, n'est-ce pas? et ma foi tant qu'ils se limitent à ces travaux, notre saine communauté ne peut être en danger.
_Je me permets de faire savoir à Monsieur que notre secrétaire d’Etat des Etats-Unis est noire et qui plus est une femme et que…Monsieur, mais vous vous étouffez ? Répondez-moi Monsieur !!!
18/09/07 Les garnements de La Paz.
Les micro Boliviens qui ont la chance de ne pas finir cireur de chaussures sur la Plaza san Francisco passent leur week end sur la Plaza murillo, à s'empiffrer de glaçes et à nourrir ces sales rats volants de pigeons. Il faudra un jour que l'on dise enfin toute l'inutilité du pigeon commun, son plumage d'un gris de plomb attristant, camouflage idéal dans nos grandes cités polluées, son goùt prononcé pour la crasse et sa manie détestable de moucheter par sa fiante le moindre mètre carré de dalles. Et ce jeune gnome, par son geste innocent, encourage ces hideux volatiles à poursuivre leur oeuvre de destruction. Oui ce jeune enfant est complice, mesdames et messieurs les jurés, mais ça donne du boulot aux vendeurs de graines...

Jeune enfant inconscient de son acte fou, que fait notre A-Peu-Président face à cette graine de voyou?
17/09/07 Retour au Pot Colonial.
Je parlais très régulièrement de ma "cantine" de la Calle Linarès durant mon séjour à l'Hospedaje Milenio. Ensuite, après le déménagement à Gutierrez, la distance commençait à être un peu gênante pour effectuer le parcours chaque soir, d'autant que je peux désormais faire ma propre popote.
Mais ce soir, après avoir déambulé dans le quartier de Sagarnaga, rien ne s'oppose à un bon repas dans cette non moins bonne adresse. Avant, je comptais cependant manger ailleurs, un autre restaurant m'avait attiré par sa déco flamboyante visible de la rue. Je suis donc entré, déco effectivement sympathique, mais pas les prix, la soupe me revient ici à un prix supérieur au repas entier au Pot colonial. Je me contente d'une Chicha, boisson locale à base de maïs fermentée, c'est excellent.
Je sens cependant que je déçois grandement le serveur mais je vais pas raquer cinq fois plus cher pour lui faire plaisir, il s'en va donc son menu sous le bras.
Après cet agréable apéro, je me rends à ma cantoche, le serveur me lance un grand sourire, j'explique la raison de mes nombreuses absences et je m'installe.
J'avais pour habitude de payer en tout et pour tout 20 Bol, ce qui déjà permettait de se remplir la bedaine. Mais ce soir ma foi c'est spécial, alors ce sera Paceña, sopa de Ajo con sémola, lomo al queso con papas, pan con ajo, pie de manzana, mate de coca et la cuenta, por favor! Seigneur, je fais exploser la banque, mon score est de 57 Bol (5,70€!!), une fortune, une dépense inconsidérée, au fou, qu'on l'arrête!
J'ai bien du mal à repartir après ce repas gargantuesque, revenir à pied à sopocachi me permet de digérer quelque peu, mais peu importe, qu'il est bon parfois de vivre dans l'excès, à prix réduit.

Ma "cantine", Le Pot Colonial, Calle Linarès.
16/09/07 Pas de cirage sur mes baskets, merci.
Le cireur de pompes à La Paz, c'est comme les bouchons du périph' où les blagues démagogiques à un congrès UMP, c'est incontournable. On en trouve près des grands axes, des administrations, des places, des lieux touristiques, des banques, partout je vous dis. Il y a plusieurs types de cireurs, les "institutionnels", ayant leur place attitrée, leur grand box avec siège confortable pour le client.
Et il y a les autres, la grande mafia des petits cireurs, petite boîte en bois avec le nécessaire de cirage, cagoule sur la tronche et grosse doudoune sale. Pas d'âge minimum, cirer des pompes ne demande pas une taille minimale, bien au contraire, plus on est déjà proche du sol, mieux c'est, les jeunes lombaires se fatiguent moins. La cagoule a plusieurs fonctions, se protéger du soleil et du froid, l'anonymat (pour cause de honte chronique), et échapper quelque peu aux vapeurs toxiques qui émanent des produits utilisés.
D'autant que nombreux sont les cireurs qui ne sont pas contre le fait de sniffer de la colle forte au lieu de recoller des semelles. Ils sont souvent d'ailleurs assez "collants" et peuvent insister lourdement pour s'occuper de vos baskets qui ne demandaient pas tant d'égards. Souvent en bande, et tous très jeunes, c'est bien le truc le plus dérangeant ici, il y a bien quelques ivrognes, des mendiants, mais c'est commun à de nombreuses grandes villes, Paris est dans le palmarès.
Mais là, voir des gamins de six ans s'abaisser à cirer vos pompes pour quelques bols, ça fait mal au bide. La grande question, c'est les laisser faire, en espérant que le fric obtenu leur profitera, ou bien refuser catégoriquement que des gosses puissent bosser et donc dire "Niet" à chaque fois. Pas évident, vraiment pas. Jusque là, j'opte pour la seconde option, et j'ai bien du mal à supporter les touristes ou locaux qui eux font le choix inverse sous couvert d'exotisme ou de "ici, ça se passe comme ça". Comme si changer de pays vous libérait du poids de votre conscience, lamentable.

Le cireur de pompes est bien mal chaussé.
15/09/07 Charles Ingalls en redemande.
La Paz est rouge, la plupart des constructions récentes sont en brique, matériau peu cher et facilement trouvable ici. Un mystère cependant, la quantité énorme de maisons inachevées, pourvues d'un étage et laissant le second à l'abandon, de plus ne mettant ni crépi ni peinture sur les façades, laissant ainsi la maison dans sa belle teinte brique. J'ai supposé que nous étions dans un cas similaire au Caire en Egypte, où les habitants ne payent peu ou pas de loyer sur une maison inachevée (je crois que c'est quelque chose dans ce goùt-là). Ce qui expliquerait le style général des quartiers les plus pauvres de la capitale, mais ça mérite d'être confirmé.
Le paradis de la brique.
14/09/07 Charles Ingalls se met au ski.
Aujourd'hui, c'est boulot, donc vous avez droit à des photos!
La vue de chez Caserita permet de voir une partie des quartiers plutôt riches et une bonne partie des quartiers plus modestes, qui sont en grosse majorité sur les flancs montagneux, tentant vainement de sortir de la grosse cuvette. De loin, on voit un amas de briques éparses, tentant de discerner une quelconque logique à tout ça. En fait, il n'y a aucune logique. Plus vous construirez votre baraque en hauteur, moins le mètre carré sera cher, certaines sont de véritables défis aux lois de la physique et de l'architecture. D'aucuns parlent de séismes à La Paz un jour ou l'autre, la zone est assez sensible, peu de chances que tout ça tienne le coup....

Quartiers populaires, vue de la Calle Gutierrez.
13/09/07 Les Anciens parlent aux anciens
Rien de bien nouveau aujourd'hui, je retourne au boulot après mes quelques jours de vadrouille. Le temps n'est pas fameux, et la température relativement basse. Je passe la journée à travailler sur des ponchos et à chercher des graphismes sympas. Je profite de ce relatif manque de nouvelles infos croustillantes pour caser cette photo des abuelas de la Calle Jaen en pleine discussion sur le devenir du monde. Non loin de là se trouve une maison de retraite, les vieux du coin s'y retrouvent sur les bancs à proximité. Les anciens sont assez nombreux à La Paz, la plupart des petites boutiques sont tenues par des personnes d'âge très avancé. ce sont souvent d'ailleurs les plus agréables et prêtes à la discussion. Elles représentent aussi une part importante des clochards et mendiants de la capitale.

Moi j'vous l'dis ma pov' Lucienne, ya plus de jeunesse, tout fout le camp!
12/09/07 Quoi, mon carter, qu'est-ce qu'il a mon carter, et d'abord, c'est quoi un carter?
Si il existait une industrie automobile bolivienne, ça se saurait. N'ayant pas de voiture nationale dont ils pourraient être fiers, contrairement à nous qui avons le Kangoo, les Boliviens se rabattent sur l'exportation. Si les taxis et minibus sont en grande majorité des japonaises (Toyota, Nissan, Honda) au kilométrage époustouflant, la plupart des bus et camions sont eux d'origine nord-américaines, dépassant de pas mal d'années la limite autorisée. Dodge, Ford, GMC, c'est un vrai Panthéon de l'Histoire automobile U.S.
Tous ces cerceuils roulants sont relativement bien entretenus, l'état général dépendant logiquement des moyens du propriétaire. Mais certaines voitures sont de vraies pièces de musée. Les camionnettes Ricaines sont partout en ville et font partie du décor, je pense que l'effet est similaire à Cuba avec toutes ces grosses Cadillac rafistolées encore en activité.
Dire que les Boliviens conduisent mal serait erroné, frôler tant de fois des accidents mortels et les éviter de justesse presque à chaque fois ne peut être le fait que de pilotes chevronnés, rompus aux situations les plus périlleuses.
Un fait amusant, la Bolivie est touchée par la corruption, chose commune à plus ou moins grande échelle à toute l'Amérique du Sud. Le permis de conduire n'échappe pas à cette "coutume". Il est ainsi très facile d'btenir un permis officiel moyennant une petite somme, environ 100 Dollars, cela reste très variable. Et ce sans jamais avoir touché un volant mais en ayant copieusement graissé la patte du patron de l'école de conduite.
Encore plus fort, ce permis Bolivien légal illégalement obtenu peut être très facilement échangé de retour en France par notre bon vieux permis national, sans aucune vérification.
Avis aux jeunes désireux d'obtenir leur permis sans trop d'efforts, la Bolivie vous ouvre les portes de la corruption, il ne vous en coûtera que 100 dollars pour le précieux sésame, et 1000 euros pour le voyage!
Une petite sélection du patrimoine automobile Bolivien pour finir:

File de Pick Up, près du terminal de bus.

Mandarine roulante, Dodge Fargo Pick Up 1951. Terminal de bus.

Pick Up de marque inconnue (Chevrolet?).
11/09/07 Arrêt aux stands obligatoire.
Rangement rapide de mes quelques affaires, douche...non pas de douche car pas d'eau, rendu des clés et direction le terminus de bus de Coroico. Je prends mon ticket et paye la ridicule taxe de 1Bol. Le minibus, plein, démarre une demi-heure plus tard. Voyage sans histoire à part les quelques dépassements foireux du chauffeur, ce qui semble être une tradition locale, je rate encore une fois la Route de la Mort, nous empruntons la nouvelle voie. Ce sera donc pour une autre fois. 2h45, un retour rapide, je retrouve La Paz et Villa Fatima. Il n'est pas loin de 13h00, je cherche un taxi pour rejoindre Gutierrez. Le premier à qui je fais signe s'arrête, je lui explique la destination mais il ne connaît pas du tout ma rue, je sors le plan du Guide du routard pour mieux me faire comprendre. 5 minutes plus tard, le chauffeur me baragouine quelque chose mais je ne saisis pas, il s'arrête devant deux garages puis repart, je suppose que son épave sur roues est en train de lui faire une crasse. Il s'arrête pour de bon devant un minuscule garage.
Je sors et constate comme lui que le pneu arrière gauche est complètement à plat. Le jeune garagiste démonte la roue et déchape la roue en moins de deux. La chambre à air a littéralement explosé. Impossible à réparer ce qui n'arrange pas mon chauffeur, pas très disposé à payer une roue neuve. Ils finissent par mettre la roue de secours, pourvue d'un beau pneu lisse, nous pouvons repartir. De retour à la casa, je dois faire quelques courses, rapide déjeuner, douche enfin chaude, chose auquelle je n'ai pas eu droit ces deux derniers jours.
L'après-midi, je me promène un peu dans le quartier, pour voir les quelques grosses baraques qui s'y trouvent. Tous les styles sont représentés, du chalet suisse au château de la Loire, on peut définir l'origine du proprio à l'architecture de sa maison. La plupart de ces bicoques sont protégées soit par de grosses grilles et de petites clébards, soit carrément par des fils barbelés au-dessus des murs où les traditionnels verres de bouteilles coulées dans le ciment, ce qui a toujours autant de charme.

Rencontre du troisième type, Calle .....(il faut que je vérifie)
10/09/07 Coroico-Tocaña à pied, plus jamais!
Très bonne nuit, je me lêve tôt, remplis ma bouteille d'eau et monte jusqu'au Calvario, une petite chapelle qui surplombe Coroico. Un petit chemin tortueux, balisé par de moches croix en fer plantées dans des plots en béton verts et blancs.
Le Calvario s'avère être une cabane en tôle avec une grande croix à terre, le tout posé au beau milieu d'une belle pelouse. Le point de vue est cependant superbe. Je redescends par un autre sentier passant vers de nombreux hôtels pour riches touristes perdus dans la végétation.
J'entreprends alors la longue marche vers Tocaña, environ 2h30 selon le Saint Guide du Routard.
Je demande à un petit vieux la route à suivre, il m'indique avec force gestes la rue même où nous sommes, qui semble bien mener à la sortie de la ville ¡A frente, a frente!, si il le dit, c'est que ça doit être ça, je remercie et suit la rue indiquée. La route est d'abord pavée, puis devient brusquement chemin de terre à peine assez large pour deux voitures.
Au bout de deux heures, le doute m'étreint, point de village ni même de bicoque à l'horizon, rien que le chemin de terre rouge, deux déchetteries sauvages sentant le cadavre de volailles, comme on dit dans ma cité, ça craint.
Et voilà le chemin qui s'arrête, plus rien que de la forêt, une maison vide, maudit soit ce vieux, je le retiens avec ses ¡A Frente! Je ferai bien demi-tour mais la descente deviendrait alors une montée et faire le même camino en sens inverse ne m'amuse guère. Alors tant pis, de petits sentiers partent dans la forêt à l'endroit où je suis, je choisis celui qui me semble le plus net, et me lance dans une longue descente au milieu de nulle part.

L'enfer vert, Coroico.
La descente est assez vertigineuse et par endroits plutôt casse-gueule, le petit sentier s'enfonce de plus en plus dans une jungle épaisse qui, au moins protège du soleil. Pas la moindre trace d'activité aux alentours, le chemin parfois se scinde en deux, je choisis la voie qui semble descendre le plus rapidement. Et toujours ces odeurs fortes, ces sons provenant de partout à la fois, oiseaux, insectes, je suis comme coupé du monde, avalé par la forêt dans l'espoir cependant d'être assez rapidement recraché.
Au bout d'une heure, je parviens à une clairière et une maison! Mais en m'approchant, je dois déchanter, la bicoque semble en cours de construction, mais le chantier semble en repos depuis belle lurette. Je fais le tour en balançant des ¡Ola! pour annoncer ma présence mais personne ne répond. A travers les vitres sales, on discerne un peu l'intérieur, quelques meubles, beaucoup de poussière. Je m'arrête pour souffler un peu, comment peut-on construire ici, l'endroit n'a aucune vue sur la vallée et n'a rien de paradisiaque. Pour tout dire, et je vais encore faire une douteuse référence cinématographique, la situation se rapproche d'"Aguirre, la colère de Dieu", avec le toujours timbré Klaus Kinski, perdu dans la jungle à la poursuite des méchants Indiens (ou l'inverse, je ne me rappelle plus). Mais là des Indiens, il n'y en a pas.
De la clairière, on aperçoit un clôcher, une cinquantaine de mètres plus bas, le sentier semble y mener, je remballe mes affaires et je repars. Effectivement c'est une église en ruines, dont ne subsiste en gros que le clôcher, étonnamment encore debout. Les murs sont en terre avec une armature en bois, elle doit dater des premières vagues de colonisation espagnole. Le tout est lentement dévoré par la végétation luxuriante. Je suis bien tenté de mettre en branle la cloche encore en place, signe divin envoyé par delà les montagnes pour qu'on vienne me servir un Casa Real.
Ma procession se poursuit, je sors enfin de la forêt. Je peux apercevoir le lit de la rivière, le pont qui l'enjambe, et le grand axe qui mène à La Paz. Le sentier se poursuit et longe les poteaux électriques alimentant Coroico. Maintenant que j'ai enfin un peu de visibilité, je descends un peu plus rapidement, je me rends compte que mes avant-bras sont constellés de piqûres de moustiques locaux, ressemblant en fait à des sortes de moucherons. Ces vampires miniatures laissent de leur passage une trace rougeâtre et une fine croûte de sang coagulé. Même pas capables de vous pomper les globules rouges proprement.
J'atteins le bas de la colline, et tombe sur des ouvriers travaillant à proximité du pont, Voyant sortir de nulle part un grand con de gringo, ils ne peuvent s'empêcher d'arborer des yeux grands comme des soucoupes, mais la surprise ne dure qu'un temps et ils retournent à leur besogne.
Encore merci aux pompes Quechua qui tiennent très bien le coup, elles sauvent l'honneur de Décathlon qui n'est pas que le créateur de la tente urbaine pour clochards.

"Aguirre, ou la colère de Dieu", Klaus, sonne la cloche!
Je vois où je suis, juste à côté du petit péage avant la montée sur Coroico, il suffit de patienter un peu et de monter dans le prochain minibus qui suit cette direction. Une heure plus tard, me revoilà en haut de cette colline que j'ai eu tant de mal à descendre.
Il est 12h00, mon périple aura donc duré environ trois heures, il est encore tôt pour déjeuner, mais je n'y tiens plus, je m'arrête à l'Hostal Kory qui fait aussi restaurant, la bouffe y est des plus quelconques mais la grande terrasse avec vue sur les montagnes et la vallée sauve la médiocrité du lomo con queso.
Après cette pause bienvenue, je fais un petit tour de la ville sans trop chercher une direction précise et voilà que je tombe sur un panneau indiquant Tocaña. J'en ai plein les pattes mais je veux aller à Tocaña, je repars donc. La route est nettement plus civilisée, entièrement pavée, ç'est plus encourageant que les chemins de terre de la matinée. Quelques belles maisons au bord de la route, à des distances importantes les unes des autres, ajoutez une circulation quasi nulle, vivre ici protège du surmenage. Je n'ai pas rempli ma bouteille d'eau avant de repartir, bête oubli, heureusement, de nombreux orangers poussent aux abords, je m'en fais une bonne réserve dans le sac. Deux heures de route, je commence à trouver le temps long, le chemin n'est pas désagréable mais il n'en finit jamais, c'est une interminable suite de pavés avec le soleil qui commence à sérieusement taper dur. La crème solaire est pour le coup assez efficace. Plus de maisons depuis une bonne heure, j'aperçois enfin le fond de la vallée. Arrivé au bout du chemin et crevant de soif, je me retrouve sur la grande route de La Paz, et toujours pas de Tocaña!!
Aux alentours, une station service, une maison, la rivière. Je me rapproche de la station et trouve la gérante occupée à nourrir ses poules. Je m'enquières (doute sur la conjugaison du verbe "enquérir", si quelqu'un le sait, laissez un message) de la route à suivre pour Tocaña. La mamie esquisse un grand sourire et me montre du doigt une fumée provenant de la colline sur l'autre rive. Lorsque je dis que je suis à pied et que je viens de Coroico, son sourire s'élargit encore d'un bon centimètre.....
je lui achète une bouteille d'eau, traverse la rivière par le gué indiqué par la abuela et grimpe la colline. Tocaña, le village noir des Yungas.... Eh bien ce village n'a aucun intérêt si ce n'est la couleur de peau de ses habitants. Je reste le temps de boire un coup, et de reposer mes mollets très actifs depuis deux jours. Rien pour dormir ici, il commence à se faire tard. Je ne trouve pas non plus de taxi, c'est de toute façon quasi désert, je redescends le chemin en espérant trouver sur la route un véhicule quelconque.
Revenu à la station essence, toujours pas de voiture. Tant qu' à faire, je me plante entre la route de La Paz et celle de Coroico, la première voiture qui s'arrête décidera de mon retour immédiat à La Paz ou d'une prolongation dans les Yungas.
Mais ici, des voitures il en passe une tous les quarts d'heure, et les deux qui s'arrêteront sont bondées où ne vont pas là où je veux.
Vers 18h00, je dois me décider, attendre plus longtemps alors que le soleil se couche, ça ne m'enchante guère. Il ne reste plus qu'à remonter la route de Coroico, en espêrant le passage d'une voiture avant que la nuit ne tombe.
Je marche vite, motivé par l'orage qui menace (la totale..), mais en une heure de trajet, je suis bien loin d'avoir atteint le sommet. Et pas âme qui vive sur le chemin. Mis à part deux cons de chiens hargneux qui me filent le train sur quelques mètres, alors que l'un d'eux tente de me bouffer le mollet, j'oublie mon respect pour les animaux et me voit obligé de lui balancer un grand coup de bâton sur la tronche, c'est à ce moment que le propriétaire de ces sales clébards se décide à sortir de derrière un arbre pour les calmer.
Il fait maintenant presque totalement nuit, quelques gouttes de pluie, je suis....dans la merde. Je presse encore le pas, la Lune, assez peu motivée pour m'aider, est cachée par les nuages.
De nouveau, des aboiements derrière moi qui s'approchent, je commence à haïr les chiens. Mais ils n'en ont pas après moi cette fois-ci, j'entends aussi un bruit de moteur, une bagnole!!
J' aperçois les phares, je me mets sur le bord de la route et effectue de grands gestes. Le 4x4 s'arrête, je balbutie que je veux aller à Coroico, ils me font monter à l'arrière. L'un des gars me demande d'où je viens comme ça. "De bajo" (d'en bas) répondis-je. Grand silence, puis nous redémarrons. Le trajet en voiture est rapide, mais jamais je ne serai parvenu à encore faire tout ça à pied. Pas à cause de la fatigue, mais on ne voit strictement rien sans lumière et la Maglite est resté à La Paz. Et me retrouver avec d'autres chiens idiots sur un chemin désert, pas tous les jours quand même.
Enfin le retour à la civilisation, je file 10 Bol au chauffeur en le remerciant chaleureusement. Sur un panneau, je vois inscrit "Tocaña 20km", je comprends mieux la longueur du trajet. J'ai faim, des Rollos de canella, des cookies et un mate de Coca, me réveillent un peu. Je retourne chez Liliy prendre une chambre pour la nuit, qui sera d'ailleurs la même que la veille, douche (encore) froide et je m'écroule sur le lit pour m'endormir aussitôt, avec la sentation d'avoir traîné le rafiot de Fitzcarraldo à travers toute la Cordillière royale.
En raison de la mise en ligne des photos de la Bolivie, je me vois dans l'obligation de retirer pour le moment celles qui illustraient les premières chroniques de l'Africa Trip 2005. Ayant un espace limité, tout caser est impossible, à moins de raquer 3€ par mois pour obtenir 200Mo, chose qui est envisagée prochainement.
09/09/07 El camino de la muerte
Bien évidemment, pour le lever aux aurores, c'est un échec. Dans un état second, j'émerge péniblement vers 10h00. J'en déduis un départ post-déjeuner. Je prépare rapidement quelques affaires, mange tout aussi rapidement et en route.
Je trouve à quelques encablures de la casa un taxi, plus rare le dimanche, et lui demande d'aller à Villa Fatima, où l'on trouve les compagnies de bus en partance pour Coroico; l'occasion de découvrir un nouveau quartier, le nord de La Paz, relativement aisé. Grandes rues, immeubles contemporains, tous les stigmates d'une ville moyenne européenne, pas dépaysant pour un Bol.
Le minibus pour Coroico coûte 15 Bol (1,50€). Sachant que le trajet dure un peu moins de trois heures si tout va bien, je vous laisse juge du tarif assez dérisoire que cela représente. Le temps d'avaler une pomme (les fruits sont excellents et là aussi très peu chers..), le minibus Toyota démarre.
Péage à la sortie de La Paz, puis nous filons le train d'un car arborant sur son derrière une grande fresque à l'aérographe, figurant deux grands héros modernes, Che Guevara à ma droite et Ben Laden à ma gauche. Drôle d'alliance.
La route, large et goudronnée, est creusée tout le long à flanc de montagne. En quittant l'Altiplano, on constate l'absence quasi totale de végétation. Quelques maigres plantes jaunasses, plus proches du lichen que du baobab s'accrochent aux flancs des montagnes jusqu'à une certaine hauteur puis semblent renoncer, laissant la roche à nu.
Il en résulte de gigantesques ensembles de pics et de crevasses, teintés de jaune sale et de gris. Le brouillard fait son apparition au bout d'une heure de route, on ne voit plus rien 10 mètres devant.
Ce la n'empêche pas notre chauffeur de tenter un dépassement hasardeux, on manque de se prendre en pleine face un camion venant dans l'autre sens. Ce dernier, heureusement du coté montagne, se voit obligé de piler sec et d'effectuer un écart pour nous éviter.
Ce genre de conneries se reproduira deux fois au retour....
En sortant enfin du brouillard, nous changeons aussi de végétation, finies les plantes maladives et jaunâtres, bonjour à l'exhubérance tropicale. Une forête touffue, lianes, arbres, enfin des arbres, cruellement absents de la capitale.
De nouveau, un point de contrôle anti-narcotiques, curieux point de contrôle d'ailleurs, puisqu'ils ne contrôlent strictement rien.
Le trajet me paraît très rapide, le paysage rend le voyage agréable, et à douze dans l'habitacle, on se tient chaud sans être pour autant les uns sur les autres. Après être descendus dans la vallée, il faut remonter pour atteindre Coroico. Petite déception, nous prenons la nouvelle route, plus sécurisante mais moins grisante que l'ancienne, la fameuse route de la Mort, au palmarès macabre impressionnant. Depuis l'entrée en service de la nouvelle voie, le trafic s'est réparti sur les deux axes, et l'ancienne fait moins de ravages. Elle reste exceptionnelle par les paysages qu'elle donne à voir, nous verrons au retour, elle conserve l'intérêt des chauffeurs car légèrement moins longue, elle fait consommer moins d'essence, donc plus économique.

Les Yungas, près de Coroico, vue de la route
Enfin arrivés à Coroico, annoncé quelques mètres avant par un panneau publicitaire racoleur, nous arrivons en plein match de foot sur le petit terrain de la commune. Je regarde le temps d'une mi-temps, tout en profitant du soleil qui tape dur ici. Je rejoins ensuite le centre de la petite ville, une place avec hôtels, restaurants, Eglise et agence de tourisme. En grimpant la rue qui y mène (dans ce pays, il faut toujours grimper au moins une fois dans la journée), je découvre le paysage, vallons, collines, montagnes, tout est d'un beau vert, baigné dans une légère brume, cela me rappelle le film d'Herzog avec Klaus Kinski, "Fitzcarraldo" je crois, l'histoire d'un fou, transportant en pleine jungle un vieux rafiot tiré par des Indiens, pas de navire ni de Klaus ici, mais le paysage m'y fait penser, la magie du cinéma.

"Fitzcarraldo" de Werner Herzog
Je me permets une petite promenade qui m'emmène loin derrière la ville. C'est un chemin à flanc de colline, peu fréquenté, un couple de Boliviens, trois chevaux, un âne. Je tente d'amadouer les chevaux avec quelques gâteaux, mais plutôt craintifs, ils évitent mon offrande que je laisse au milieu du sentier. Le paysage est merveilleux, la température supportable, on surplombe la vallée avec toujours cette teinte verte partout, un paradis botanique, et une multitude de bruits d'insectes et d'oiseaux qui vous suivent tout le long du parcours. Le chemin passe par un ranch qui organise des randonnées équestres dans les alentours, les chevaux rencontrés proviennent d'ici.
Puis le chemin s'arrête, une barrière en travers, derrière laquelle un épais maquis a pris place. Je m'arrête quelques instants et contemple le paysage en contrebas. Je quitte le chemin pour grimper un peu et essayer d'avoir encore un meilleur point de vue. J'atteins alors un champ de coca en surplomb. Je ne trouve aucun goût particulier aux feuilles, je redescends en évitant de me casser la gueule.
De retour à Coroico, je cherche un alojamiento (hôtel rudimentaire), près de la place se trouve l'alojamiento Lily, tenu par une petite dame Noire. Nous sommes ici dans les Yungas, où existe une petite communauté noire, descendante des esclaves envoyés pour remplacer les Indiens dans les mines d'argent. Ce fut après la fameuse Controverse de Valladolid où Bartholomé De Las Casas parvint à convaincre ses semblables que les Indiens avaient une âme. Il fallut donc trouver autre chose de moins évolué pour poursuivre l'exploitation minière à moindre coùt...
On doit tout de même aux Noirs des Yungas le tube phénoménal qu'est la Lambada!
La nuit coûte 15 Bol, petite chambre avec le strict minimum, un lit simple, une ampoule au plafond, une chaise et une petite table de nuit. Je prends le temps d'écrire un peu et de prendre une douche froide en attendant une heure convenable pour aller manger.
Peu de bons restaurants ici, je me limite le soir à une pizzeria sur la place. Je suis le seul client dans la petite salle décorée de façon exotique. Les deux jeunes restaurateurs passeront le temps du dîner les yeux rivés sur le match de catch à la télé. Très bonne pizza , cela faisait une éternité que je n'en avais pas mangé, accompagnée d'une bière locale. Je ressors de là rassasié.
Petit tour nocturne, rien d'extraordinaire, Coroico vaut définitivement plus pour le cadre et le paysage environnant que pour la ville elle-même.
Petite annonce, j'ai enfin commencé à illustrer ma longue prose par quelques photos, ce qui rend tout de même le tout plus digeste et illustre un peu mieux la vie quotidienne à La Paz. Des images ont éte ajoutées dès les premiers billets. Le poids des mots, le choc des photos.
Cordillière Royale, vue du balcon de Laetis. Derrière les nuages, l'Illimani.
08/09/07 Pogo loco à l'Equinoccio.
J'avais prévu un week-end à Coroico, mais la flemme m'a gagné en ce samedi matin. Je reporte mon départ au lendemain. de plus, aujourd'hui, un bar-salle de concert local, l'Equinoccio, fête les 25 ans de Metallica. Je vivote sans aucune honte toute la journée, me limitant à quelques courses et un peu de ménage.
A 22h00, je me rends là-bas. C'est rapide, la Calle Gutierrez est relativement proche de l'Equinoccio. Le droit d'entrée est de 20 Bol. A l'intérieur, un bar, une scène centrale masquée par un grand voile noir marqué d'un grand logo "Metallica".
Tout autour, tables et chaises, comme dans le plus banal des restaurants. Curieux pour une salle de concert, je doute que les clients restent assis devant des prestations que je suppose dynamiques. Je demande un Casa real pour patienter, les tables se garnissent peu à peu. Niveau population, c'est très hétéroclite, Blancs, gringos, Indiens, et pas que des jeunes du tout.
La serveuse, charmante au demeurant et semblant vouloir me mettre le plus à l'aise possible m'adjoint deux collègues de tablée, jeunes Boliviens sympas, Pedro et Rafael.
Enfin, Sick, le groupe qui joue ce soir, arrive sur scène. le rideau est poussé, des cris fusent dans mon dos, il ya déjà une furieuse ambiance. Très vite, moi qui craignais un concert un peu guignolesque, je dois ravaler mes doutes. Le concert est monstrueux, batteur, bassiste, guitariste ont un excellent jeu et le chanteur, aussi guitariste, peut se vanter d'avoir autant de charisme qu'un James Hetfield. Au bout de deux titres, une dizaine de furieux, emportés par les tubes implacables balancés par le groupe et par un taux d'alcoolémie olympique, se lancent dans un pogo dantesque devant la scène. C'est violent, frénétique, les tables les plus proches de la scène sont mises à terre, des verres et une cliente sont jetés au sol suite à la chute d'un des "pogotteurs". Son mec l'aide à se relever puis retourne dans la mêlée.
Je n'avais jamais vu un pogo aussi violent provoqué par aussi peu de monde, une dizaine, pas plus.
Pour les néophytes, un pogo est l'acte de se jeter les uns sur les autres devant la scène, cela afin d'atteindre un effet de transe si celui n'a pas déjà été obtenu par les litres de bières ingurgités avant.
C'est con me direz-vous? Oui certainement, mais toujours moins con que d'aller beugler dans une arène et assister à la mise à mort d'un bestiau shooté par un abruti en collants. Avis personnel bien entendu.
Premier intermède, l'occasion de souffler un peu et de commander un autre Casa Real. 10 minutes plus tard, Sick remet le couvert, moi qui ne suis pourtant pas un fan absolu de Metallica, leurs titres joués en vivo prennent une telle dimension qu'il est difficile de ne pas adhérer à la folie et à l'energie qui se dégage de la musique.
Pas loin de 3h du mat', nouvelle pause, souhaitant partir tòt le lendemain, je sors de l'Equinoccio avec la tête remplie de refrains "Search, Seek and Destroy!". Je remonte la Calle Gutierrez, il pleut, il fait moche, il fait froid, on voit rien mais peu importe, la soirée fut belle.
07/09/07 Argentine-France dans un canapé.
Comme tout bon Français expatrié, il est hors de question de ne pas soutenir l'équipe nationale opposée aux sauvages Argentins.
Nous allons chez un des amis de Pierre en plein milieu de l'après-midi, décalage horaire oblige. Nous arrivons dans un énorme appartement, visiblement sur deux niveaux, pour moi ça équivault à un palace.
je retrouve là d'autres expat' Français, prêts à défendre à grands coups de décapsuleur l'honneur menacé de la Mère Patrie. Je n'ai jamais eu la fibre patriotique (et depuis l'avènement du nabot braillard, ça ne va pas s'arranger) mais c'est une récréation assez sympathique.
Nous sommes six devant la télé dans le gigantesque canapé. La première mi-temps n'est pas fameuse, chacun y va de son commentaire éclairé, le plus lucide étant celui de la femme (Bolivienne) d'un des Français présents qui n'hésitera pas à lancer de vigoureux "Cretino" à notre belle équipe nationale.
Seconde mi-temps, il est temps d'ouvrir le pack de bières, mais rien n'y fait, la France est vaincue sous les yeux de notre à-peu-Président.
Après la défaite, retour au boulot.

Supporter de l'équipe de France de Rugby souhaitant en finir après la défaite face à l'Argentine.
Je fais la connaissance le soir d'une cousine de Pierre et de son copain, je suis convié à l'apéro. Encore des Globe-Trotters accomplis, ce doit être une marotte typiquement française, à défaut de gagner des matchs, ils font le tour du monde.
Bientôt rejoints par la soeur de Giovy et son ami..Français et journaliste, nous partons dans le seul et unique restaurant Suisse de La Paz (et certainement de Bolivie), tenu par un Suisse pur jus ayant une troublante ressemblance physique avec Nicolas Hulot. Mais l'accent prononcé empêche vite toute confusion.
Excellente fondue, excellent repas, on croirait presque entendre au loin le beuglement des vaches et le tic-tac d'un coffre-fort d'une banque de Zurich, la Suisse à La Paz.
06/09/07 Les photos d'un monde pas beau.
Soirée mondaine, mesdames et messieurs. Pierre ayant fait le site du World Press Photo 2007 qui s'arrête à La Paz, il est convié à cet évènement et m'embarque là-bas. Que ne ferais-je point pour quelques verres de vin tiède....
L'exposition se tient dans le musée San Francisco, sur la place du même nom. On retrouve toute la bonne société de La Paz, le "haut du panier", je fais la connaissance du Président de l'Alliance Française et d'autres stars locales. Les photos présentées sont en très grande majorité le reflet d'un monde moche, violent, barbare, dénué de toute espèce d'humanité. Les images sont certes belles dans un certain sens, mais il ya comme une pénible gêne à regarder ces clichés le verre de vin dans la main droite et le petit-four coincé entre deux molaires.
Le gagnant toutes catégories de cette année est un superbe cliché qui évite le pathos de ses congénères.

Groupe de Libanais après les bombardements à Beyrouth par Spencer Platt / Distribuida por EFE
Je guette le passage des plateaux de petit-fours, qui se font de plus en plus rares. Nous n'échapperons pas à la photo du coup de boule de Zidane, il n'empêche qu'il aurait mieux fait de lui mettre son crâne chauve dans la tronche plutôt que dans le thorax, la photo y aurait beaucoup gagné, sans aucun doute.
Quelques clichés d'animaux, donnant un peu d'air frais à coté de cette ribambelle de pellicules pesantes et glauques.
Sortis de là, Pierre et Giovy partent au restaurant fêter leurs quatre années de mariage, je m'en retourne à Sopocachi en faisant le tour des vendeurs de Cd dans le but de renflouer ma maigre discothèque Bolivienne.
05/09/07 Algodón o nada
Un de mes ponchos est en passe d'être "prototypé", il s'agit d'un modèle pour enfants avec un lama local tiré des ornementations des Candélaria, un des nombreux peuples Andins de la région.
Nous partons vers 15h00 avec Giovanna à la recherche de tissus. Le meilleur endroit, c'est vers la Calle Santa Cruz où se concentrent tailleurs, revendeurs, couturiers. Début des fouilles dans les étalages. Mon inculture crasse en matière de tissu est heureusement compensé par les connaissances et le savoir-faire de Giovy.
Après plusieurs échoppes et tests, nous nous mettons d'accord pour trois teintes. Il nous faut ensuite trouver une doublure type polaire qui raccorde avec les couleurs choisies, changement de rue, de nouveaux essais, mais pas moyen de trouver la teinte voulue, malgré notre bonne volonté manifeste et notre infinie patience.
Au bout d'une très longue quête, enfin on trouve l'oiseau rare. Il faudra encore sauver nos carcasses de la chute d'énormes rouleaux de polaire mais on a ce qu'on voulait.
Le matériel obtenu, nous passons chez la couturière attitrée de Giovanna, où nous expliquons avec force dessins ce que nous souhaitons. Elle ne peut rien faire avant deux semaines car très occupée. Au vu de l'activité immédiate que je peux percevoir, je doute que nous ayons la même définition du terme "occupé" mais admettons.
De retour à Gutierrez, il faut découper les différents éléments du vêtement à la bonne échelle, ils serviront de patron à notre couturière overbookée. Bienvenue dans le monde étrange et semé d'aiguilles des pelotes, des ciseaux, et des machines à coudre psychopates.
04/09/07 Résident permanent à Sopocachi
C'est indéniable, je ne regrette pas la cote vertigineuse que je devais gravir tous les matins. Désormais, je dois dépenser mon énergie à grimper les 15 marches qui mènent au bureau, encore un effort certes, mais plus à la portée de mes malingres jambons.
Les 80 chaînes de la télévision sont vite passées en revue, incroyable d'avoir autant de programmes et aussi peu d'intérêt, les deux doivent être incompatibles. Dans la quantité, il ya cependant quelques petites choses intéressantes se laissant regarder.
La journée se passe assez classiquement, entre profondes réflexions sur le devenir du Poncho et traduction de textes descriptifs pour des produits. Ce n'est pas un travail ennuyeux, ça demande de se creuser un peu la caboche et c'est de toute manière pour la bonne cause.
Le soir, il me faut remplir le frigo vide, désespérément vide. N'ayant pas vu grand chose comme commerces à proximité, il me vient la bonne idée d'aller au supermarché des riches de La Paz, tout au bas de la rue. Je me rends vite compte que les prix pratiqués sont bien loin d'être accessibles au Bolivien moyen. bien qu'inférieurs aux tarifs français, et encore si l'on s'abstient d'acheter des produits importés ou de grosses marques internationales, tout cela reste cher pour ici et pour moi!
A la caisse, ce sont des gosses qui remplissent les sacs, je m'attends à ce qu'ils réclament la pièce, mais non, ils aident à porter les sacs puis retournent à leur poste. Il faut donc admettre qu'ils sont salariés par le magasin, ils n'ont pas dix ans, curieux, surtout pour un magasin fréquenté en majorité par les expat' de La Paz.
Bien chargé, il faut remonter la rue, à vide, c'est déjà du sport, mais chargé tel Jésus avec sa paire de skis en bois gravissant le Golgotah, je me tape bêtement cette interminable cote, jetant des regards remplis de pitié aux quelques taxis déjà pleins. Tout ce chemin de croix pour des pâtes....

A gauche, boulot, à droite dodo.
03/09/07 Sous le signe du Poncho.
Semaine qui commence on ne peut mieux avec la proposition de mon estimé patron futur. Il me prête pour le mois un appartement tout équipé à quelques pas (10 mètres) de la boîte. Comment refuser, bien que je vienne de changer de chambre au Milenio, la visite de l'appart me fait saliver d'envie, c'est plutôt grand, c'est quasi neuf et c'est effectivement tout équipé. Sorti de là, il me faut réfléchir, douche froide, trajet et coût de l'hôtel d'une part, douche chaude, gratuité et proximité d'autre part. Eh bien figurez-vous que j'ai quand même hésité tout en remplissant mon sac pour la énième fois. Je l'aime bien ma chambre-boîte d'allumettes, Yanakocha est proche du centre, c'est vivant et assez populaire. Mais le portefeuille a parlé, j'annonce le lundi soir que je vide les lieux pour cause d'offre impossible à refuser.


Ma grotte, Calle Gutierrez.
02/09/07 Où sont les gens?
Temps couvert sur La Paz, l'un des premiers jours oú la pluie menace vraiment, Les dimanches sont définitivement dédiés à la paresse et à l'inactivité la plus totale. La vie ne reprendra que le soir, en allant en masse confesser ses pêchés hebdomadaires à l'église la plus proche.
Ne me sentant nullement une âme de pêcheur, , je parcours la ville à la recherche de traces de vie humaine. Grande tâche, les Lapaz...., les Lapass..., comment s'appelle d'ailleurs un habitant de La Paz? Pour le savoir, encore faudrait-il en trouver.
La ville si grouillante et animée dès le lundi matin semble comme désertée, rues vides, magasins fermés, passages commerciaux abandonnés, quoique ces derniers ne soient pas très animés non plus le reste de la semaine, il se limitent bien souvent à un long couloir éclairé au néon et quatre ou cinq boutiques pas bien aguicheuses.
Pour enfin percevoir un semblant de présence et d'animation, il faut se rapprocher d'endroits stratégiques telles que les rares places et espaces verts de la capitale. On y déniche alors des citadins bienheureux, se laissant aisément corrompre par la mafia des vendeurs de glace et autres helados, toute puissante en cette fin de semaine.
Quelques rues plus loin, on constate que La Paz n'est pas morte le temps d'un domingo, elle est seulement en sommeil, épuisée par ses excès et sa furieuse activité quotidienne. On le perçoit par le bruit, ou son absence, ce bruit de fond de klaxons, de bagnoles, de cris des chauffeurs de minibus, de sifflets des flics, un bruit omniprésent qui à lui seul occupe l'espace étroit des rues. Ce bruit est étouffé, voire parfaitement inaudible les week-ends, ce qui renforce cette impression de non-vie.
Dans la soirée, je parviens cependant avec quelques baroudeurs belges à trouver un rade ouvert, animé et sympathique, pour achever cette semaine dans la plus bruyante des ambiances.
Excellent! , enfin, mon pouvoir va s'étendre sur le Monde entier, grace à ce fabuleux instrument moderne, fruit du génie de mes amis du Club Républicain et de la Confrérie des Riches Et Puissants Et Fiers De l'Etre. Oui cet instrument qui va me faire régner sur la Terre entière, ce puissant Minitel qui.....comment Smithers, il s'agit d'Internet, qu'est-ce donc que cela....ah je vois, intéressant. Bien, continuez à tapoter Smithers, où en étais-je, oui je disais donc que vous, ramassis de cloportes méprisables allez avoir dans les semaines à venir l'insigne honneur de lire avec vos petits yeux jaloux de ma grandeur quelques histoires et pensées tirées de mes expériences passées, et il y en eut, n'est-ce pas Smithers? Vous noterez si vos capacités intellectuelles vous le permettent, combien j'aime le monde qui m'entoure, tant qu'il n'est pas trop proche de mon corps d'Apollon en pleine force de l'âge, mais! mais vous avez pouffé Smithers, je vous ai démasqué, ne niez pas, nooon n'écrivez pas ça malheureux! ces idiots ne vont rien comprendre. Reprenez oú je demande à mon ami Georges de lancer une fatwa sur Malibu Stacy!
Il s'agit de conclure et d'ouvrir ici, entre deux textes maladroits de ce benêt pathétique de "Vehau" quel nom ridicule... Smithers! émettez un rire moqueur je vous prie....Merci Smithers. Il s'agit donc d'inaugurer enfin la place auquel j'ai droit, afin de rétablir la vérité. Nous, personnes riches, méprisantes et fières de notre réussite sur les miséreux, nous devons porter bien haut la parole de l'argent facile et du gain douteux, de la corruption élevée en tant que dogme divin.
Smithers, relisez......mmmh oui parfait, bien ce travail m'a épuisé, allons licencier pour nous distraire, Smithers prenez le grand balai je vous prie, je suis de bonne humeur!
01/09/07 On le saura que je ne suis pas Bolivien.
Plutôt que Coroico, je pars pour Tiwanaku, un site archéologique à 70 km de La Paz. Pour prendre les bus y conduisant, je dois traverser toute la ville d'est en ouest jusqu'au cimetière. Une vraie galère, il faut pas moins d'une heure pour trouver ce maudit cimetière qui est loin, très loin au delà du plan du Guide du Routard...
Je remonte la Calle Santa Cruz et sa foule d'échoppes vendant de tout, mais vraiment de tout, imaginez n'importe quoi, vous l'aurez ici.
Enfin le cimetière, mais pas moyen de trouver la rue que je cherche, je dois me résoudre à surveiller les bus qui indiquent sur leur pare-brise leur destination, ce qui est bien utile. Un mini van Toyota "rose" va justement à Tiwanaku, 10 Bol, je me jette dedans, il est plein, on peut partir. Nous passons par El Alto, la très grosse et très pauvre banlieue de La Paz. les routes, après des passages pavés sentent le goudron fraîchement posé.
Pour ce qui est du paysage, on passe de la cave au grenier. Après avoir surplombé le trou béant de la capitale d'oú semblent vouloir s'échapper quelques pâtés de maisons entiers, la route nous mène dans l'Altiplano, soit un paysage étonnament plat, avec en fond une mince chaîne montagneuse. Peu de bicoques, quelques troupeaux ne crevant visiblement pas de faim.
Fini la brique nue, ici la terre sèche est reine pour la construction, ainsi que le toit en tôle ondulé, ou en paille pour certaines.
A l'approche du village de Tiwanaku, le chauffeur me laisse moi et un autre gringo près d'une voie de chemin de fer à l'abandon. Il nous dit de la suivre pour rallier les ruines du temple et les musées. Sur ce, il remonte dans sa caisse à savon et rejoint le village. Mon collègue est Anglais et baroude depuis quelques mois déjà. On suit donc la voir de chemin de fer, pas longtemps d'ailleurs, le site est rapidement en vue. Mais à l'arrivée, on ne trouve quasiment rien et surtout personne. un hôtel-bar-restaurant miteux, deux musées, trois bicoques, des échoppes pour touristes un peu plus loin, le site encore plus loin, mais pas âme qui vive. En nous approchant, on constate que la vie existe bel et bien ici, mais à des doses homéopathiques.
Nous nous arrêtons au "restau", mon sujet de la Queen part vers le site, moi je commande un peu à manger.
Le peu qu'on puisse me servir, c'est un sandwich et un mate, le tout franchement dégueu. Mon collègue part visiter, je reste pour manger, les murs sont entièrement en terre séchée et la décoration est assez sympathique, tout le contraire de la gourdasse qui tient çà et de ses sandwichs hideux.

J'avais prévu de rester pour le week-end, le marché le dimanche est intéressant à voir, mais vu l'aspect général de l'endroit, je crois qu'en un après-midi, j'aurai vite fait le tour, d'autant que les prix de l'hôtel sont franchement élevés (pour la Bolivie, mais à force, on prend vite le pli de ne payer que 2€ la nuit dans un hôtel).
Les rares touristes sont des boliviens, qui passent á l'hôtel pour utiliser les toilettes payantes. Chacun allonge la monnaie et reçoit un bout de Pq, malheur à celui qui a éte trop gourmand ou qui est gravement indisposé. Je me décide à aller voir le site, bien sur, c'est un ticket tout compris, je suis forcé de passer les musées, 80 Bol le tout alors que les locaux payent 10 Bol!
Comme je le préssentais, les musées ne présentent que très peu d'intérêt, l'ancien comme le nouveau. (comme si un seul musée vide ne suffisait pas..)
Petits tous les deux, l'un se concentre sur les poteries, l'autre sur les cailloux vaguement taillés. Peu d'infos, à moins de prendre un guide ou d'acheter l'un des nombreux prospectus en vente à l'entrée. Je me fais discret et squatte derrière un groupe un poil moins radin que moi pour écouter ce que leur guide raconte.
Ensuite le site, déception, grande déception, pas grand chose non plus, quelques murs, des bouts de fondation, des tranchées abandonnées servant de poubelles, la fameuse Porte du Soleil qui est ridiculement petite et derrière des fils barbelés, comme tous les monuments un poil intéressants du reste (en gros...deux). Au moins je n'aurai pas été gêné par les hordes de touristes, on devait être en tout et sur tout le site une vingtaine au moment ou j'y étais.
Je ressors de là vers 14h00, remonte la rue qui mène au village, et croise un minibus en route pour La Paz, je monte dedans, nous retrouvons Bob Simpson en chemin (l'Anglais, c'est son vrai nom), visiblement aussi déçu que moi.
De retour à La Paz, je pars en visite avec Bob (oui, c'est son vrai nom, Bob Simpson, Bob comme...tout le monde et Simpson comme les Simpson) dans les quartiers proches de Santa Cruz que je connais encore assez peu. Enormément de monde, on se marche presque dessus pour faire quelques pas, ça sort de partout, ça s'entasse autour des stands de portables, de disques, de fringues, nous passons par les boutiques des sorcières, qui vendent toutes sortes de remèdes et de potions, ainsi que des foetus de lama ou d'autres bestioles, je fais un voeu pour être débarassé de Bob qui ne me lâche plus, mon voeu est exaucé dix minutes plus tard.
De retour à l'hôtel, on me propose de changer de chambre pour une plus confortable. Effectivement rien à voir, située au premier étage du patio, elle est plus isolée que la précédente, qui était certes pas mal mais coincée entre l'armoire vitrée où sont vendus toutes sortes de cochonneries et la télé placée juste devant la fenêtre.
Je déménage prestement, je gagne largement au change, j'ai même droit à des cintres, c'est Byzance!!